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Biographie de la soif

La gorge sèche toute la journée. Boire l'eau dégueulasse des chiottes. Soif qui envahit progressivement tout le corps. Le manque psychologique se traduit par des troubles physiques terriblement ennuyeux. Je viens d'en faire l'expérience hier et aujourd'hui. Je nage dans un délire psychosomatique constant. Non seulement je ne dors plus (et pas à cause du boucan des voisins de palier pour une fois, ce qui m'aurait distrait dans un sens), mais en plus, la nuit, je sue - c'est horrible l'odeur de ma transpiration, c'est insupportable - et quand je parviens à m'assoupir quelques minutes, c'est pour aussitôt plonger dans des cauchemars terriblement angoissants. L'autre jour, j'ai rêvé que le gardien du cimetière m'enterrait vivante, j'avais beau crier, les sons ne sortaient pas. J'ai rêvé aussi que j'essayais de courir de toute mes forces pour je ne sais plus quelle raison, et je n'avançais pas. J'ai rêvé que je voulais désespérément découper une feuille de papier qui se reconstituait toute seule à chaque fois. Etc.

Je vais me mettre à lire Freud. J'ai des tas de projets pour l'avenir, mais ils sont irréalisables pour l'instant, c'est ce qui me frustre le plus. En ce moment, je m'immobilise malgré moi dans une sorte de torpeur abrutissante, et l'impression désagréable du sable mouvant qui se referme sur moi persiste encore. Peu à peu, je perds tout contact avec la réalité. Ce matin déjà, quand la prof de Français parlait du caractère autobiographique de Sido, je rêvais d'un océan d'eau minérale. De l'eau. Je me répétais silencieusement: "Eau... pitié, viens à moi." Je suais intérieurement, et honteusement, je souhaitais me retourner pour voir si mon traumatisme ne se remarquerait pas aussi à l'extérieur, mais, en même temps, je me disais que si je me retournais trop souvent, je paraîtrais plus étrange encore. J'avais mal au crâne. La fièvre, sans doute ? Pourtant je n'ai aucune fièvre. Je viens de le vérifier tout à l'heure. Je suis sujette à des mirages et des allucinations inexplicables... Est-ce donc cela, devenir folle ?

Et pourtant, même quand je vais au plus mal, j'ai constaté tout à l'heure que je me collais au travail sans problème quand je le voulais. L'habitude après des années de pratique, ça effraie...

 

 

Ecrit par Ithaque, le Vendredi 12 Novembre 2004, 20:37 dans la rubrique No man's land.

Commentaires :

Pierre
12-11-04 à 20:57

Mais tu sais, tu n'es pas toute seule. Parce qu'on sera toujours deux dans les délires psychosomatiques (lol). Récemment, tu n'avais pas l'air bien. Je te sentais aussi un brin antipathique à mon égard, m'enfin... Tu sauras à quel coude s'appuyer quand tu te sentiras fatiguée...

(J'ai l'impression de raconter n'importe quoi et d'être légèrement ridicule. Mais 6heures de cours, ça aide.)

 
Pierre
12-11-04 à 20:57

Mais tu sais, tu n'es pas toute seule. Parce qu'on sera toujours deux dans les délires psychosomatiques (lol). Récemment, tu n'avais pas l'air bien. Je te sentais aussi un brin antipathique à mon égard, m'enfin... Tu sauras à quel coude s'appuyer quand tu te sentiras fatiguée...

(J'ai l'impression de raconter n'importe quoi et d'être légèrement ridicule. Mais 6heures de cours, ça aide.)

 
Margaux
13-11-04 à 15:40

Re:

Je comprends pour les nuits agitées. C'est très énervant.

 


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